14 mai 2008
Dites 33...
J’habite assez
loin de là où je suis née.
J’ai donc la chance de répondre aux doux noms d’expatriée, d’immigrée, d’étrangère, de Frenchie, d’alien. J’ai même un « A » number.
Imaginez vous que
lorsqu’on décide de vivre de l’autre côté de l’Atlantique, il faut montrer
patte blanche. Ce n’est sans doute pas
typiquement humain de vouloir protéger son territoire, je me prends parfois à
imaginer les oiseaux migrateurs instaurer des règles d’entrée de leur domaine,
sur quels critères ils choisissent leur nuage frontalier, quelles sont leurs
modalités d’entrée, du genre combien d’insectes comptez-vous manger, sur quels
monuments allez-vous déféquer, attention, il y a un méchant virus qui traîne,
voilà ! Signez ici, de votre plus belle plume…
Bon, j’atterris.
Nous, humains,
qui voulons poser nos valise en Amérique pour un peu plus de 90 jours, devons
remplir des pages entières, insérer notre vie dans des petites cases, déclarer
nos richesses, payer des milliers centaines de dollars, répondre à des
questions (dignes de celles du lapin des Monty Python – et si vous répondez
mal, hop ! siège éjectable,) du genre, comptez-vous pratiquer la
polygamie ? (moi, franchement non, un mari ça me suffit amplement), ou,
étiez-vous un officier nazi durant la deuxième guerre mondiale? (je ne sais toujours pas quoi penser. Deuxième degré, peut-être?)
ET passer une
visite médicale avec examens sanguins à l’appui.
Et c’est là que
les Athéniens s’atteignent, pas tant pour moi, mais pour une de mes amies que
nous allons appeler Numéro 6.
Un peu
d’histoire… Non, je plaisante. Je
voulais juste dire qu’aux Etats-Unis, contrairement à ce qui se passe dans
d’autres pays, on ne vous vaccine PAS contre la tuberculose, on la
détecte. Pas de BCG, donc pas de
rappels, pas de grosse boule rouge sur le brase en cas de mémoire immunitaire,
pas de problème.
C'est pour égayer un peu
Donc, on vous
fait un test cutané, quand vous venez d’ailleurs (et je viens de bien
ailleurs), pour voir si vous avez la maladie. Dans mon cas, mon corps s’est souvenu, il m’a donc fallu faire une radio
des poumons qui s’est avérée magnifique, mon médecin m’a donné carte blanche,
j’étais saine.
Numéro 6, quant à
elle, a fait la réaction cutanée, la radio, et oh, horreur ! Présence
d’éléments douteux, mise en culture des cellules et voilà-t’y pas qu’elle A la
maladie, une tuberculose latente, je vous rassure, elle n’était pas
contagieuse, MAIS QUAND MÊME. La
pneumologue s’excuse presque d’avoir à avertir les services concernés, ajoutant
même que certaines personnes avaient tendance à y être un peu…nazis.
Non, Numéro 6 n’a
pas été déportée pour cela. Ah non, ce
n’est pas le mot, ça, c’est celui utilisé ici, comment dit-on en français,
déjà ? Ah, oui, « reconduit à
la frontière », c’est-y pas mignon ?
Et bien, me
direz-vous, du haut de votre expérience de français bien au fait, qu’elle
prenne ses antibiotiques et qu’on n’en parle plus !
Pas si simple,
car pour s’assurer que Numéro 6 prend bien ses médicaments, les
« services » envoient une infirmière qui vient TOUS LES JOURS
vérifier que mon amie avale ses 8 cachets (ben oui, elle vient tous les jours,
mais pas trois fois par jour, faudrait pas exagérer, alors, 8 pilules à la
fois !) Rapidement, la malade
baptise son bourreau « la pétasse ». Par respect, et parce que l’auteur de ces lignes ne connaît pas cette
dame, nous l’appellerons « Frau P. » Et comme si superviser la prise quotidienne des médicaments ne suffisait
pas au malaise de Numéro 6, Frau P. met les cachets SOUS CLEFS entre ses
visites. Pétage de plomb de Numéro 6,
qui lui hurle déclare qu’elle n’avait pas besoin de faire ça, qu’elle
comprenait très bien qu’il fallait qu’elle se soigne, qu’elle n’allait pas
mettre les précieuses pilules à la poubelle, et que grâce à son doctorat en
mathématique elle savait compter jusqu’à 8. Frau P. en réfère à son chef qui accepte de ne pas enfermer les doses,
mais qui continue d’envoyer son assistante tous les matins, sauf les week
end. Parfois, Frau P. n’est pas à
l’heure avant le départ de Numéro 6 au travail : elle lui dit
qu’aujourd’hui, elle ne viendra pas vérifier. Quand mon amie vient chez moi pour ses cours de flûte (une tuberculose
flûtiste, quelle audace !!!), et que je lui demande des nouvelles de son
infirmière particulière, elle me lance un regard noir. Pourtant, c’est Frau P., et non le médecin, qui
lui dira que ces antibiotiques annulent les effets de la pilule contraceptive
et, de toutes façons il n’est pas conseillé d’essayer d’avoir un enfant pendant
cette période.
Le traitement dura 6 mois, à l’issu desquels la radio des poumons s’avéra normale. Numéro 6 est maintenant guérie d’une maladie grave malheureusement en recrudescence depuis quelques années.
Alors, merci qui?
Suggestion musicale du jour:
Sailing to Death
Eric Serra
Le Grand Bleu





