Alabama mon amour

C’est une démarche sans but, un blog comme ça. Pour écrire ce qu’une française peut ressentir après 12 ans aux US, New York, Californie, Alabama… Alors enjoy, ou pas.

14 mai 2008

Dites 33...

J’habite assez loin de là où je suis née.

J’ai donc la chance de répondre aux doux noms d’expatriée, d’immigrée, d’étrangère, de Frenchie, d’alien. J’ai même un « A » number.

Aaaalien

 

 

 Cette photo ne me rend pas justice.

 

Imaginez vous que lorsqu’on décide de vivre de l’autre côté de l’Atlantique, il faut montrer patte blanche. Ce n’est sans doute pas typiquement humain de vouloir protéger son territoire, je me prends parfois à imaginer les oiseaux migrateurs instaurer des règles d’entrée de leur domaine, sur quels critères ils choisissent leur nuage frontalier, quelles sont leurs modalités d’entrée, du genre combien d’insectes comptez-vous manger, sur quels monuments allez-vous déféquer, attention, il y a un méchant virus qui traîne, voilà ! Signez ici, de votre plus belle plume…

 

Bon, j’atterris.

 

Nous, humains, qui voulons poser nos valise en Amérique pour un peu plus de 90 jours, devons remplir des pages entières, insérer notre vie dans des petites cases, déclarer nos richesses, payer des milliers centaines de dollars, répondre à des questions (dignes de celles du lapin des Monty Python – et si vous répondez mal, hop ! siège éjectable,) du genre, comptez-vous pratiquer la polygamie ? (moi, franchement non, un mari ça me suffit amplement), ou, étiez-vous un officier nazi durant la deuxième guerre mondiale? (je ne sais toujours pas quoi penser.  Deuxième degré, peut-être?)

ET passer une visite médicale avec examens sanguins à l’appui.

Et c’est là que les Athéniens s’atteignent, pas tant pour moi, mais pour une de mes amies que nous allons appeler Numéro 6.

 

Un peu d’histoire… Non, je plaisante. Je voulais juste dire qu’aux Etats-Unis, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays, on ne vous vaccine PAS contre la tuberculose, on la détecte. Pas de BCG, donc pas de rappels, pas de grosse boule rouge sur le brase en cas de mémoire immunitaire, pas de problème. 

tuberculose

C'est pour égayer un peu
 

 

Donc, on vous fait un test cutané, quand vous venez d’ailleurs (et je viens de bien ailleurs), pour voir si vous avez la maladie. Dans mon cas, mon corps s’est souvenu, il m’a donc fallu faire une radio des poumons qui s’est avérée magnifique, mon médecin m’a donné carte blanche, j’étais saine.

 

Numéro 6, quant à elle, a fait la réaction cutanée, la radio, et oh, horreur ! Présence d’éléments douteux, mise en culture des cellules et voilà-t’y pas qu’elle A la maladie, une tuberculose latente, je vous rassure, elle n’était pas contagieuse, MAIS QUAND MÊME. La pneumologue s’excuse presque d’avoir à avertir les services concernés, ajoutant même que certaines personnes avaient tendance à y être un peu…nazis. 

 

Non, Numéro 6 n’a pas été déportée pour cela. Ah non, ce n’est pas le mot, ça, c’est celui utilisé ici, comment dit-on en français, déjà ? Ah, oui, « reconduit à la frontière », c’est-y pas mignon ?

 

Et bien, me direz-vous, du haut de votre expérience de français bien au fait, qu’elle prenne ses antibiotiques et qu’on n’en parle plus !

Pas si simple, car pour s’assurer que Numéro 6 prend bien ses médicaments, les « services » envoient une infirmière qui vient TOUS LES JOURS vérifier que mon amie avale ses 8 cachets (ben oui, elle vient tous les jours, mais pas trois fois par jour, faudrait pas exagérer, alors, 8 pilules à la fois !) Rapidement, la malade baptise son bourreau « la pétasse ». Par respect, et parce que l’auteur de ces lignes ne connaît pas cette dame, nous l’appellerons « Frau P. » Et comme si superviser la prise quotidienne des médicaments ne suffisait pas au malaise de Numéro 6, Frau P. met les cachets SOUS CLEFS entre ses visites. Pétage de plomb de Numéro 6, qui lui hurle déclare qu’elle n’avait pas besoin de faire ça, qu’elle comprenait très bien qu’il fallait qu’elle se soigne, qu’elle n’allait pas mettre les précieuses pilules à la poubelle, et que grâce à son doctorat en mathématique elle savait compter jusqu’à 8. Frau P. en réfère à son chef qui accepte de ne pas enfermer les doses, mais qui continue d’envoyer son assistante tous les matins, sauf les week end. Parfois, Frau P. n’est pas à l’heure avant le départ de Numéro 6 au travail : elle lui dit qu’aujourd’hui, elle ne viendra pas vérifier. Quand mon amie vient chez moi pour ses cours de flûte (une tuberculose flûtiste, quelle audace !!!), et que je lui demande des nouvelles de son infirmière particulière, elle me lance un regard noir. Pourtant, c’est Frau P., et non le médecin, qui lui dira que ces antibiotiques annulent les effets de la pilule contraceptive et, de toutes façons il n’est pas conseillé d’essayer d’avoir un enfant pendant cette période. 

 

Le traitement dura 6 mois, à l’issu desquels la radio des poumons s’avéra normale. Numéro 6 est maintenant guérie d’une maladie grave malheureusement en recrudescence depuis quelques années.


Alors, merci qui?


Suggestion musicale du jour:

Sailing to Death

Eric Serra

Le Grand Bleu
 

Posté par Ariana Lamento à 03:51 - Commentaires [26] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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